domingo, 21 de agosto de 2011

La tombe du facteur

Si vous prenez le chemin vers Belcaire à l’arrière de Roquefeuil, vous trouverez la tombe du facteur.
L’histoire dit qu’il y a très longtemps un facteur allait faire la distribution de courrier à Roquefeuil mais, pris par le froid de l’hiver, il mourut à la moitié du chemin.
Sa tombe est toujours là-bas au pied de la montagne, c’est une tombe d’une beauté surprenante par sa simplicité : une pierre et une croix en fer clouée dessus, quelques inscriptions. C’est tout.




Depuis tout petit on m’a raconté cette histoire chaque année et quand on a arrêté de le faire j’ai tout fait pour ne pas l’oublier et depuis la tombe du facteur est restée en moi.

Cette année j’y suis retourné, je me suis assis devant et j’ai commencé à parler au facteur et aux montagnes (littéralement et à haute voix). 

La solitude ne me réussit pas.




Devant eux et pour eux j’ai écrit et ils m’ont remercié avec un rayon de soleil qui a perforé les nuages.








Il y a dans l’air un certain chant lugubre et morose
Entre fleurs éclatantes du blanc jusqu’au rose
Je m’assois à l’endroit où la montagne virtuose

A su faire avec tant de beauté mourir un fonctionnaire
Il devait porter sur ses épaules une veste primaire
Et le vent gelé des cimes avoisinantes a su le faire taire

Le travail rend libre mais nous mourrons
Les lettres pleines de mots d’amour et de sensations
Dans ta sacoche sont restées figées sous le gravillon

La grêle la pluie la neige et les pics de glace
Par-dessus ton corps et ta sacoche s’entasse
Une montagne gardant les secrets de son imposante masse

Ta croix est rouillée mais quelle pierre tombale
On a oublié d’écrire tes derniers mots ton dernier râle
De parsemer le chemin de ta tombe de dalles

Mais tu es enfermé entre les murs d’aucun cimetière
Si je savais ton nom effacé rouillé centenaire
Je te dédierai en toute admiration ces quelques vers

Mort par le froid est une des écritures
Qui sur ta croix est présente en fine gravure
Magnifiques lettres en italique comme sur les reliures

Baptiste mort en 1871 le onze janvier
Deux escargots sur ta tombe sont arrêtés
Peut-être leur murmures-tu les lettres cachetées

Il faisait froid il était tard il est l’heure
Que je m’en aille vers la mort en songeur
Car je suis devant la tombe du facteur

C., "Mort par le froid"


(C., "La tombe du facteur")

sábado, 6 de agosto de 2011

Ma campagne vieillisante

C., "Chemin d'Espezel"

Au moment où j’écris cet article je suis à la campagne dans un village nommé Roquefeuil.

La campagne me vieillit.
Je reviens chaque année et je retrouve tout exactement à sa place… tout à l’air vieux puis en se regardant dans la glace tu te rends compte que tu es une partie intégrante de ce paysage et que tu es vieux toi aussi.



Heureusement la ville me rajeunit avec son alcool et sa drogue luminescente.



Le silence est doux pendant la journée, un silence de petits bruits discrets.
Alors que la nuit… un silence dense est brisé continuellement par la guerre des chats, la blessure des animaux ou l’amour des grillons.

Baladez-vous le soir dans les champs et vous comprendrez la peur des loups, des ours et des gobelins. Vous perdrez votre haleine entre les épis puis sautant sur une botte de foin vous vous ferez violence pour ne pas crier.

Baladez-vous le jour dans les champs et vous comprendrez la joie du marin de voir s’ouvrir la mer, rouge de coquelicots. Vous entendrez les vagues des arbres qui poussent au rythme de vos pas lents.







Ici, à la campagne, tout est teinté de la couleur vive de la poésie. Pourtant les autochtones ont l’air si peu poètes… le temps a creusé des sillons dans leurs visages où poussent des champs de blé et de maïs.

La banalité.







Des pièces froides lumineuses
D'autres chaudes et sombres
Et au dehors le soleil creuse
Le fossé entre lumière et ombre
Cisaillant le paysage courbe 


Ce sont là les traits bourrus de la campagne

La vieillesse qui vous attaque
Au dedans des maisons anciennes
Votre peau jeune devient flasque
Vos vêtements neuf prennent
L'allure et la texture du vieux bois

Ce sont là les traits bourrus de la campagne

Brisant l’intense nuit froide
Au loin l’âne blessé hennissant
Semble donner des ruades
Contre votre tympan
Qui au-dedans résonne comme un gong

Ce sont là les traits bourrus de la campagne

Les gens monument à la caricature
Accent patois rien n'échappe
Eux aussi en vous provoquent l'usure
Du bon vieux temps qui attaque
La campagne et ses traits bourrus


C., "Ma campagne vieillissante" 






Peut-être un jour un chemin de terre froide nous mènera vers un autre chemin… de la couleur et chaleur de l’or.


C., "Chemin de blé"