Si vous prenez le chemin vers Belcaire à l’arrière de Roquefeuil, vous trouverez la tombe du facteur.
L’histoire dit qu’il y a très longtemps un facteur allait faire la distribution de courrier à Roquefeuil mais, pris par le froid de l’hiver, il mourut à la moitié du chemin.
Sa tombe est toujours là-bas au pied de la montagne, c’est une tombe d’une beauté surprenante par sa simplicité : une pierre et une croix en fer clouée dessus, quelques inscriptions. C’est tout.
Depuis tout petit on m’a raconté cette histoire chaque année et quand on a arrêté de le faire j’ai tout fait pour ne pas l’oublier et depuis la tombe du facteur est restée en moi.
Cette année j’y suis retourné, je me suis assis devant et j’ai commencé à parler au facteur et aux montagnes (littéralement et à haute voix).
La solitude ne me réussit pas.
Devant eux et pour eux j’ai écrit et ils m’ont remercié avec un rayon de soleil qui a perforé les nuages.
Il y a dans l’air un certain chant lugubre et morose
Entre fleurs éclatantes du blanc jusqu’au rose
Je m’assois à l’endroit où la montagne virtuose
A su faire avec tant de beauté mourir un fonctionnaire
Il devait porter sur ses épaules une veste primaire
Et le vent gelé des cimes avoisinantes a su le faire taire
Le travail rend libre mais nous mourrons
Les lettres pleines de mots d’amour et de sensations
Dans ta sacoche sont restées figées sous le gravillon
La grêle la pluie la neige et les pics de glace
Par-dessus ton corps et ta sacoche s’entasse
Une montagne gardant les secrets de son imposante masse
Ta croix est rouillée mais quelle pierre tombale
On a oublié d’écrire tes derniers mots ton dernier râle
De parsemer le chemin de ta tombe de dalles
Mais tu es enfermé entre les murs d’aucun cimetière
Si je savais ton nom effacé rouillé centenaire
Je te dédierai en toute admiration ces quelques vers
Mort par le froid est une des écritures
Qui sur ta croix est présente en fine gravure
Magnifiques lettres en italique comme sur les reliures
Baptiste mort en 1871 le onze janvier
Deux escargots sur ta tombe sont arrêtés
Peut-être leur murmures-tu les lettres cachetées
Il faisait froid il était tard il est l’heure
Que je m’en aille vers la mort en songeur
Car je suis devant la tombe du facteur
C., "Mort par le froid"
(C., "La tombe du facteur")